
C’est une facture que les célibataires connaissent sans jamais l’avoir vue chiffrée aussi précisément. Une étude menée par l’application de rencontre Happn avec l’institut OpinionWay, dévoilée ce 4 novembre par l’édition du soir de Ouest-France, détaille ce que la vie en solo coûte réellement au quotidien. Et le constat est sans appel : du caddie au restaurant, être seul se paie, littéralement.
Un surcoût de 27 % quand on vit seul
Le chiffre cadre tout le reste : selon l’Insee, vivre en célibataire coûte 27 % de plus que vivre en couple, rappelle L’Express, qui relaie l’étude. La raison est mécanique : une personne seule assume l’intégralité du loyer, de l’assurance et des courses, là où un couple mutualise presque tout.
L’article cite un ordre de grandeur parlant, avancé par BFMTV : pour s’offrir le niveau de vie d’un couple qui gagne 3 000 euros, une personne seule devrait en gagner 2 000 à elle seule. Interrogés par Happn et OpinionWay, 42 % des sondés estiment d’ailleurs qu’être seul coûte plus cher au quotidien qu’être en couple. L’enquête a été menée auprès de 1 035 personnes, célibataires comme en couple.
Dans l’assiette, des arbitrages qui font mal
C’est sur l’alimentation que l’étude livre ses résultats les plus frappants. Parmi les célibataires interrogés, 41 % déclarent avoir déjà sauté un repas faute de moyens, en lien direct avec leur situation de personne seule. Et 57 % ont déjà enchaîné plusieurs jours de suite sur un repas « subi », du type pâtes au beurre, pour tenir le budget.
Le format même des produits joue contre eux : 52 % des sondés jugent que les portions individuelles coûtent plus cher au kilo, tandis que 33 % estiment que les grands formats, pensés pour les familles, ne sont tout simplement pas adaptés aux personnes seules. Entre le trop-grand qui finit à la poubelle et le mini-format surtaxé, le célibataire paie deux fois.
Sorties : le restaurant devient un luxe
La vie sociale trinque aussi. Près de sept sondés sur dix (69 %) ont déjà renoncé à un restaurant à cause de son prix, et 52 % se sont rabattus sur un bar, moins coûteux qu’une table. Plus révélateur encore de la pression budgétaire : 44 % ont déjà renoncé à inviter quelqu’un à dîner chez eux, faute de budget. Quand recevoir devient un arbitrage financier, c’est la rencontre elle-même qui se complique.
De plus en plus de Français concernés
Ce surcoût touche une population qui ne cesse de grossir. En 2023, 39,1 % des ménages français étaient composés d’une seule personne, contre 27 % en 1990, selon les données reprises dans l’étude. Et le recensement de l’Insee comptait déjà 18 millions de célibataires en France en 2017. Dans un contexte où les prix à la consommation ont encore progressé de 3,4 % en un an, la « solo tax » pèse chaque mois un peu plus lourd.
La psychologue américaine Bella DePaulo, spécialiste du célibat, souligne depuis des années que les personnes seules cumulent les désavantages : aux préjugés sociaux s’ajoutent des pénalités économiques bien concrètes, des tarifs hôteliers aux abonnements, presque toujours calibrés pour deux.
Comment alléger la facture quand on vit seul
En attendant que les industriels repensent leurs formats, quelques réflexes limitent la casse. Côté cuisine, préparer en une fois plusieurs portions puis congeler permet de profiter des prix des formats familiaux sans gaspiller. Les courses en vrac, elles, redonnent la main sur les quantités, au gramme près.
Sur le logement, premier poste de dépense, la colocation n’est plus réservée aux étudiants : elle progresse justement chez les trentenaires et quadragénaires solos. Et pour les abonnements, streaming ou salle de sport, les offres à plusieurs se partagent aussi très bien entre amis.
Reste l’essentiel, que l’étude dit en creux : la vie solo n’est pas un problème à corriger, mais un mode de vie durablement installé dans le paysage français. C’est aux prix de s’y adapter, pas l’inverse.
